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  Les poèmes de Qeyss Ibn Moulawah

Les poèmes de Qeyss Ibn Moulawah

Qeyss Ibn Moulawah



Ce coeur vit là, dans ma poitrine, en étranger,
Il appelle l'aimée et l'aimée ne dit mot,
Il est, jour après jour, de misère assiégé,
Sans relâche battu de fièvre, de sanglots.
Mais un jour je l'ai su : c'est ce coeur, c'est mon coeur
Qui attira sur lui, contre lui, le malheur.
Si tous les coeurs étaient à l'image du mien,
Que resterait-il donc de ces coeurs là ? Plus rien.


فؤادي بين أضلاعي غريب يُنادي مَن يُحبُّ فلا يُجيبُ
أحاط به البلاء فكل يوم تقارعه الصبابة والنحيب
لقد جَلبَ البَلاءَ عليّ قلبي فقلبي مذ علمت له جلوب
فإنْ تَكنِ القُلوبُ مثالَ قلبي فلا كانَتْ إذاً تِلكَ القُلوبُ

Coeur amoureux de qui se refuse à l'aimer,
Soupirs sans fin ! Mais toi, te verrais-tu privée
De cet amour tout entier don et abandon,
Qui ne dit non qu'à son envie de dire non ?
Voudrais-tu me laisser mourir ? Soit, mort je suis :
Pour l'âme en perdition il n'est point de sursis.
Quand les herbes des prés s'offrent avec le soir,
A toi l'alâ', l'artâ, qui sont les plus amères.
Tant d'espace entre nous ! Pour combler, l'espoir
Est dans une monture au dos solide, fière,
Me portant au désert jusqu'à l'horizon :
Sans elle, et elle seule, où est ma guérison ?
Serais-je, à les en croire, au puits demain matin ?
Cou tiré, elle file : au soir, je suis rendu.
Interpellez son maître, il poursuit son chemin :
La voix qui le hélait s'est aussitôt perdue.

Variante :

Vers 1-2 : "Pauvre coeur dédaigné par qui ne l'aime pas...larmes sans fin !"
Vers 2-4 : "J'ai voulu dire non, mais comment tenir la bride à un fou d'amour...moi, qui ne trouve aucun remède à dire non ?"


فوا كبدا من حب من لا يحبني *** ومن زفرات مالهن فناء
أريتك إن لم أعطك الحب عن يد *** ولم يك عندي اذا أبيت إياء
أتراكتي للموت!إني لميت *** وماللنفوس الهالكات بقاء
إذا هي أمست منبت الربع دونها *** ودونك أرطى مسهل وألاء
فلا وصل إلا أن يقارب بيننا *** قلائص في أذنابهن صفاء
يجبن بنا عرض الفلاة وما لنا *** عليهن إلا وحدهن شفاء
اذا القوم قالوا وردهن ضحى غدٍ *** تواهقن حتى وردهن عشاء
اذا استخبرت ركبانها لم يخبروا *** عليهن الا ان
يكون نداء

Laissez-moi donc à ma languide et folle errance,
Et regardez ce corps qui marche à son trépas !
Mon pauvre coeur ! Trop mal l'on payé ici-bas
Les ardeurs de l'amour, les langueurs, les souffrances !
Le grand pays de Dieu est pour moi trop petit :
Un pareil trouble, amis, a-t-il place sur terre ?
Ne plus la voir me point, le désir me meurtrit :
Sa maison est trop loin, notre union est poussière.
Où mène ton chemin Laylâ ? A la barrière...
Restée ouverte aux temps où nous étions unis.


إليك عني إني هائم وصب *** أما تري الجسم قد أودى به العطب
لله قلبي ماذا قد أتـيح له *** حر الصبابة والأوجاع والوصب
ضاقت علي بلاد الله مارحبت *** يا للرجال فهل في الأرض مضطرب
البين يـؤلمني والشوق يجرحني *** والدار نازحة والشمل منشعب
كيف السبيل إلى ليلى وقد حُجبت *** عهدي بها زمناً مادونها حُجُبُ

Si, par-delà leur mort, on disait aux amants :
"Morts, avez-vous trouvé repos à vos tourments ?"
Ils répondraient, du moins s'ils se voulaient sincères :
"Il est vrai que nos corps ont fini en poussière,
mais la passion nourrit l'incendie en nos coeurs.
Les yeux du corps sèchent leurs larmes aux paupières,
Mais l'âme, elle, a des yeux tout inondés de pleurs."


لو سيل أهل الهوى من بعد موتهم*** هل فرجت عنكم مذ متم الكرب
لقال صادِقُهُمْ أنْ قد بَلِي جَسَدي *** لكن نار الهوى في القلب تلتهب
جفت مدامع عين الجسم حين بكى *** وإن بالدمع عين الروح تنسكب

Mon Dieu, mon Dieu, je m'acharne à cette pensée :
Laylâ, quel est mon crime ? Oh ! j'en reste égaré !
Pourquoi m'as-tu quitté ? Seigneur je ne sais pas !
Et que t'ai-je donc fais ? Apprends-le moi, Laylâ !
Rompre notre lien ? La mort est moindre épreuve.
Boirai-je à cette eau trouble où pas un ne s'abreuve ?
M'enfuir, très loin, sans plus personne à mes côtés ?
Que faire ? Me confier, pour être maltraité ?
Laylâ est-elle ainsi, toujours entre deux joies :
Un homme que l'on fuit, un autre qu'on rudoie ?
Mais si, après la mort, nos âmes se trouvaient ?
Quand bien même une courbe du sol ôterait
Hors de mes os rongés mon âme faite oiseau
Courrait, Laylâ, heureuse, à ton âme, à tes mots,
Et pour peu que mon oeil se fît obéissant,
Il coulerait sans fin, serait larmes...ou sang.



فو الله ثم الله إني لدائباً *** أفكر ما ذنبي إليك فأعجب
ووالله ماأدري علام هجرتني *** وأي أمور فيك يا ليل اركب
أأقُطَعُ حَبْلَ الْوَصْل، فالموْتُ دُونَه *** أمْ اشرَبُ كأْساً مِنْكُمُ ليس يُشْرَبُ
أم اهرب حتى لا أرى لي مجاوراً *** أم افعل ماذا أم أبوح فأغلب
فأيهما يا ليل ما تفعلينه *** فأول مهجور، وآخر معتب
فلو تلتقي أرواحنا بعد موتنا *** ومِنْ دُونِ رَمْسَينا منَ الأْرضِ مَنْكِبُ
لظلَّ صدَى رَمْسِي وإنْ كُنْتُ رِمَّة ً *** لصَوْتِ صَدَى لَيْلَى يَهَشُّ وَيَطربُ
ولو ان عينا طاوعتني لم تزل *** ترقرق دمعا أو دما حين تسكب

A t'aimer trop lontemps, j'ai vécu, ô Laylâ,
En frère de la mort, car l'amour ment parfois...
Laylâ peut être loin, je suis, soupirant,
Tel le soupir qui passe aux fentes du roseau.
"Mais tu fais de Laylâ ton bourreau, en l'aimant !
-Que m'importe, je l'aime, et vive le bourreau !"
Une nuit près d'Al-Ghayl, Umm Mâlik, vint t'offrir
Un amour vrai et qui ne sait jamais mentir.



لقد عشت من ليلى زمانا أحبها *** أخا الموت إذ بعض المحبين يكذب
احن الى ليلى وان شطت النوى *** بليلى كما حن اليراع المثقب
يقولون ليـلى عذبتك بحبهـا *** الا حبذا ذاك الحبيب المعذب
أبت ليلة بالغيل يا أم مالك *** لكم غير حب صادق ليس يكذب

Source: Le dîwan de Qeyss

 

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