Littéralement, le Fiqh, que l’on a coutume de traduire par « droit musulman » ou « jurisprudence islamique », signifie la compréhension (Al-Fahm). D’ailleurs on retrouve ce sens dans plusieurs versets du Qor’ân :
قالوا يا شُعَيْبُ ما نَفْقَهُ كَثِـيراً مِـمَّا تَقُول
« Ils dirent : Ô Chu’ayb, nous ne comprenons pas [mâ nafqahu] grand chose de ce que tu dis (…) » [s.11/v.91].
ًفَمَا لِهَـؤُلاء القوم لاَ يَكَادُونَ يَفْقَهُونَ حَدِيثاً
« (…) Mais qu’ont-ils ces gens à ne comprendre [lâ (…) yafqahûna] presque aucune parole » [s.4/v.78].
ْوَإنْ مِنْ شَيْءٍ إلاَّ يُسَبِّحُ بِحَمْدِهِ ولَكِنْ لا تَفْقَهُونَ تَسْبِـيحَهُمْ
« Et il n’est aucune chose qui ne Le glorifie en Le louant mais vous ne comprenez pas [lâ tafqahûna] leurs glorifications» [s.17/v.44].
Définition et objet du Fiqh
D’un point de vue juridique, l’Imâm Abû Hanîfah - qu’Allah lui fasse miséricorde - a définit le Fiqh comme suit : « Ma’rifatun nafsi mâ lahâ wa mâ ‘alayhâ », c’est à dire « la connaissance de ses droits et de ses devoirs ». L’appréhension des différents éléments de cette connaissance doit être basée sur l’existence d’une preuve (Ad-dalîl).
De par son caractère général, cette définition englobait aussi bien les règles de la croyance (Al-i’tiqâdiyât) comme l’obligation de la foi, que celles de la spiritualité (Al-wijdâniyât) comme l’éthique, l’ascétisme, et des actes (Al-‘amaliyât) comme la prière, le jeûne, le pèlerinage, l’achat, la vente, etc.
Le caractère général de cette définition était adaptée à l’époque d’Abû Hanîfah où le Fiqh n’était pas encore indépendant des autres sciences religieuses. Ce n’est que par la suite qu’il est devenu une science indépendante : la croyance est devenue l’objet de recherche de la science du Tawhîd, la spiritualité est devenue l’objet de recherche de la science de l’éthique et de l’ascétisme comme le renoncement aux biens de ce bas-monde, la patience ou encore la concentration dans la prière. Quant au Fiqh tel qu’il est connu aujourd’hui, son objet de recherche s’est finalement limité à la connaissance des droits et devoirs de l’individu relatifs à la réglementation des actes. Les hanafites ont alors ajouté dans la définition le mot «‘amalan» pour marquer cette délimitation par rapport aux domaines de la croyance et de l’éthique.
L’Imâm Ach-châfi’iy - qu’Allah lui fasse miséricorde - l’a définit quant à lui comme étant « la connaissance des règles juridiques relatives aux actes (Al-‘amal) et acquise sur la base de preuves exposées en détail ». Par « acte » on entend aussi bien l’acte par le coeur comme l’intention (An-niyyah) que par les membres comme la lecture du Qor’ân, la prière, etc. Quant « aux preuves exposées en détail », il s’agit des preuves tirées du Livre d’Allah, de la Sunna de son Prophète, du consensus et de certains processus de raisonnement. Enfin, le terme « acquise » renvoie à la connaissance et signifie ''déduite" par l’étude et l’effort de réflexion (Al-ijtihâd).
Quel est l’objet du Fiqh? Ce sont les actes des personnes considérées comme juridiquement responsables (Al-mukallafûna) en fonction de ce qu’il leur est demandé (faire, ne pas faire, choisir). Al-mukallafûna sont ceux qui ont atteint l’âge de la puberté (Al-bulûgh), qui sont doués de raison et donc tenus de se conformer aux obligations religieuses.